PAYS TORAJA

Salut les buffalos!

Suite à notre exploration du nord de la Sulawesi, on a embarqué à bord d’un avion pour le sud, et avons atterri à Makassar la capitale de la région. Notre but est de rejoindre ensuite le Pays Toraja (Tana Toraja), la région la plus visitée de l’ile.

Avant cela, on passe une journée à visiter Makassar: gros fail, on aurait mieux fait de passer notre chemin ? Le voyage n’est pas toujours fait de destinations de rêves…

Arrivée en Pays Toraja

Rantepao est le nerf central du Pays Toraja, point de chute parfait pour rayonner dans les environs. On y arrive à 5h du matin après un bus de nuit somme toute assez confortable, bien qu’on ait choisi la classe la moins chère.


Mais qu’est-ce qui a bien pu nous attirer ici? Et bien la mort. Oui oui, vous avez bien lu. Les Toraja ont un rapport à la mort tout à fait particulier, perpétuant des traditions millénaires en ce qui concerne les rites funéraires. Précisons qu’en préparant notre voyage, on avait décidé de ne pas venir ici. En effet, un des « must » de la région est de se rendre à une cérémonie funéraire. N’étant pas très friands des « zoo humains », on avait décidé de passer notre chemin. Oui mais voilà, une fois de plus, en discutant avec d’autres voyageurs étant passés par ici, on s’est décidés à tout de même venir faire un tour, ne serait-ce que pour la célèbre beauté de cette région montagneuse ponctuée de rizières en terrasse. Mais attention, sans assister à une cérémonie funéraire! Mouais, attendez la suite…

Le soir de notre arrivée, on a rendez-vous avec Ryan, jeune guide natif de la région, par ailleurs anthropologue ayant rédigé un mémoire sur la culture Toraja. Il nous a été chaudement recommandé par Julie qui travaillait à Tumbak. Encore un guide nous direz-vous? Et oui, on choisit à nouveau cette voie: la culture Toraja étant assez complexe, on ne veut pas se contenter des rapides explications de Wikipédia ou du Lonely Planet.

Et devinez quoi? Ryan finit par nous convaincre de mettre nos préjugés de côté pour l’accompagner à une cérémonie funéraire, en nous promettant de ne pas nous mettre dans une « case à touristes » une fois sur place. Il nous assure que c’est un passage presque indispensable pour saisir l’essence de la culture Toraja. Comme on dit, y’a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis ?

Anecdote: Au moment où notre bus de nuit arrive à destination, un Monsieur entre dedans par la porte de derrière et vient se présenter à nous. Ayant déjà été abordés par plusieurs guides à Makassar, on sent le coup venir. Il nous dit que c’est un ami du patron de l’homestay dans laquelle on veut se rendre, et qu’il va nous y emmener gratuitement en voiture. Ensuite, ça a donné plus ou moins ça:

« – Et puis quelle chance vous avez, je suis guide et il y a justement une cérémonie funéraire aujourd’hui!

– Ah merci mais on a déjà contacté un guide qu’on va rencontrer ce soir.

– Ah vous avez déjà un guide? Ben vous avez qu’à y aller à pied à votre homestay! »

Ok, message reçu ?

Pratiques et croyances Toraja

Pour commencer notre journée avec Ryan, il nous emmène chez un de ses amis, dont l’épouse est décédée depuis 4 mois. Nous sommes invités à rendre visite à cette dernière, car elle se trouve toujours dans la maison familiale. Chez les Torajas, tant que la cérémonie n’a pas eu lieu, le mort est considéré comme malade et repose au foyer. La famille lui parle et lui amène même à manger plusieurs fois par jours. Cela peut durer de quelques jours à plusieurs… années! Déroutant non?

Nous avons donc l’honneur d’entrer dans la chambre de cette dame, qui repose dans un cercueil ouvert. Premier constat: le corps est très bien conservé et ne dégage aucune odeur. Les Torajas utilisent en fait un procédé de momification secret – Ryan nous parle même de magie. Deuxième constat: on ne ressent aucune ambiance morbide.

Ryan prend le temps de nous expliquer le sens de cette pratique:

Historiquement, les Torajas sont animistes (bien que beaucoup aient été convertis au christianisme avec l’arrivée des colons au XIXe siècle). Pour eux, la mort fait partie de la vie et représente le passage vers le Pays des âmes, et c’est une aussi grande joie que la naissance. On avait lu que s’ils gardaient les morts si longtemps à la maison, c’était le temps de réunir l’argent nécessaire à la cérémonie funéraire extrêmement coûteuse. En fait, ce n’est qu’une raison minime parmi plein d’autres bien plus importantes. Cette période est notamment dévolue au deuil, c’est le temps que les proches s’accordent pour pleurer le départ de la personne chérie. C’est aussi le temps de réconcilier la famille, la cérémonie ne pouvant avoir lieu s’il y a des tensions entre ses membres, ou encore d’attendre que ce soit le bon moment pour tout le monde.

A partir de la cérémonie funéraire, le temps de pleurer l’être perdu est révolu, et son départ pour le Pays des âmes peut alors être fêté. Il retrouve les autres proches déjà morts et veille désormais sur ceux restés dans le monde des vivants.

Nous n’avons pas de photos à vous montrer de ce moment particulier, inutile de préciser pourquoi…

La cérémonie

Après avoir pris congé de Madame et son époux, nous prenons la direction de la fameuse cérémonie à laquelle on ne voulait pas participer, avec une certaine appréhension tout de même.

Les cérémonies durent de 3 à 7 jours en fonction de la classe sociale de la famille du défunt. Il faut savoir que ces funérailles sont réputées pour être particulièrement sanglantes, des sacrifices de boeufs étant pratiqués, en nombre si la famille est aisée. Dans la croyance Toraja, le buffle aide le défunt à rejoindre le Pays des âmes. On ne vous cache pas que ces sacrifices n’étaient pas étrangers à notre décision initiale de ne pas assister à une cérémonie…

Arrivés sur place, on réalise l’ampleur de la chose: des centaines de personnes sont présentes! Outre la famille, tout le village et les environs sont conviés à participer. Les buffles ont déjà été sacrifiés pour aujourd’hui (ouf!) Néanmoins, l’odeur du sang est difficile à ignorer, et on peut en voir les restes au centre géographique de la cérémonie: viscères, sabots et peaux sont au coeur d’une ronde d’hommes entrain de chanter des chants rituels. A côté, des cochons sont ficelés à des bambous, étendus sur le flanc, attendant leur triste sort afin de nourrir tous les invités (on a bien songé à les détacher, mais ça aurait fait mauvais genre ?). Ca sera d’ailleurs une vraie gymnastique pour éviter de les voir se faire égorger!

Attention, ne vous méprenez pas, on n’est pas entrain de juger : ce qui se passe dans les abattoirs européens n’est clairement pas plus glorieux. Ici les boeufs sont choyés, passant leurs journées aux champs, respectés et caressés jusqu’au moment de leur mise à mort. C’est simplement qu’on n’a pas l’habitude d’assister à leur abattage, et qu’on n’en a pas forcément envie d’ailleurs…

Bref, pour en revenir à la cérémonie en elle-même, Ryan tient sa parole de ne pas nous « caser » avec les autres touristes. Après avoir partagé un verre de vin de palme avec le père de famille du défunt, nous nous joignons à la foule de Toraja présents, et entrons dans un drôle de ballet :

Toutes les demi-heures environ, la foule dans les cases entourant la cérémonie quitte les lieux, pour laisser place aux suivants. Nous montons donc en rang, les femmes d’un côté et les hommes de l’autre. Une gentille mama prendra Sarah sous son aile afin qu’elle ne se sente pas trop seule (et probablement pour qu’elle ne commette pas d’impair). Une fois installés dans la case (assis par terre, serrés les uns contres les autres), les membres de la famille du défunt apportent des cigarettes pour les hommes – Arnaud aura bien du mal à faire comprendre à ces messieurs qu’il ne fume pas – et des friandises pour les femmes. Puis du café et des biscuits sont offerts à tout le monde. Quand on a fini, on quitte à notre tour les lieux (sans manquer la séance de selfie pour les indonésiennes qui veulent leur souvenir des étrangers présents) pour laisser la place aux suivants.

Durant ce moment, on a le loisir d’observer ce que nous voulions absolument éviter: les touristes venant ici comme on va au zoo de Bâle un dimanche en famille. Ils débarquent, se rendent au centre de la cérémonie sans se soucier d’être déplacés, et prennent des photos des Torajas, leur appareil parfois à quelques centimètres de leurs visages, sans rien demander. Ces attitudes nous donnent envie de vomir! 

Bref, revenons à nos moutons. Vous croyiez avoir tout vu? Attendez la suite…

Une fois la cérémonie passée, les morts sont ressortis de leur tombeau au bout de quelques années, durant une cérémonie où leurs vêtements sont changés, et où des présents leurs sont offerts, comme des cigarettes.

Vous conviendrez qu’on s’est pris une bonne claque culturelle! Tout ça en une seule journée… On est rentrés crevés!

Visites

Au-delà de la cérémonie, on visite également plusieurs sites représentatifs de la culture Toraja dans la région :

Des rochers faisant office de tombes, les membres d’une même famille sont enterrés (devrait-on dire empierrés?) ensemble, les corps simplement emballés dans un linceul. Ces lieux servent encore aujourd’hui

Ces figurines, les Tau Tau, représentent les morts reposant dans le rocher

Une cave, où les corps sont soit dans des cercueils en forme de bateau, soit simplement disposés là. Cette pratique n’est plus d’actualité

Des Baby graves (tombeaux de bébés). Si les enfants meurent avant d’avoir sorti leur première dent, ils ont droit à un rite particulier. Leur corps n’est pas enterré dans le « caveau » familial, mais disposé dans le tronc d’un arbre. Symboliquement, pour les Toraja, le bébé grandit avec l’arbre qui l’amène au ciel. On croit avoir compris que cela ne se pratique plus, mais on ne voudrait pas dire de conneries.

Le marché aux buffles. Comme vous l’aurez compris, les buffles revêtent une importance toute particulière en Pays Toraja. Tous les samedis se dresse ainsi un marché uniquement consacré à leur commerce. C’est assez impressionnant de voir ces centaines de bêtes attachées en rond, ne faisant absolument aucun bruit! Précisons qu’ils sont très coûteux. Les familles les plus pauvres ne peuvent même pas s’en offrir pour les cérémonies, ce qui complique l’accès du défunt au Pays des âmes. Les habitants surnomment ce marché le « wall street Toraja ». Les boeufs blancs aux yeux bleus, les plus rares, coûtent le prix de deux mercedes ici selon notre guide. Pour un paysan, la vente d’un boeuf représente une somme non négligeable. On comprend qu’ils prennent soin de leurs bêtes!

Et sinon, y’a autre chose à faire en Tana Toraja?

Comme on vous le disait en début d’article, c’est la beauté réputée des paysages qui nous a attiré ici. On a donc loué un scooter pour explorer les environs durant quelques jours. Et effectivement, c’est plutôt sympa. On vous laisse en juger:

Rencontre sympathique en route

Tana Toraja est également réputé pour ses maisons traditionnelles, les Tongkonans, qui ont une forme toute particulière. Au fil de de la route, on s’est arrêtés dans plusieurs villages traditionnels pour admirer leur architecture

Plusieurs théories circulent quant au pourquoi du comment de la forme de leur toit:

La première, est que les ancêtres des Toraja sont arrivés sur l’ile en bateau, et en ont donné la forme aux toits de leurs maisons. La seconde, c’est que cette forme rappelle celle des cornes de buffles. Ryan, quant à lui, estime que cela représente la courbe de la vie: le sommet avant, c’est la naissance, puis le toit suit la courbe de la vie, pour remonter à l’arrière et représenter la mort, au même niveau que la naissance. Tout est question d’équilibre.

D’un côté, les habitations, de l’autre, les greniers à riz

 

Durant l’une de nos balades avec le guide, on s’arrête à l’heure du repas dans un village venant juste de terminer une cérémonie d’exhumation. La famille nous invite à manger sous une Tongkonan. Arnaud a ainsi la chance de goûter le Pa’piong. On vous entend d’ici: « Hein, quoi, ils mangent aussi les papillons? » Mais non, rien d’aussi bizarre (quoi qu’on n’en soit plus à ça près). Il s’agit de la spécialité culinaire locale, à savoir de la viande cuite dans le bambou. Tout ça accompagné d’une bonne rasade de vin de palme ?

Et alors, on en a pensé quoi du Pays Toraja?

Et ben malgré nos a priori, on a bien fait d’écouter les conseils des voyageurs rencontrés et de venir se balader par ici. Les croyances Toraja et leur manière d’appréhender la mort nous ont beaucoup touché. On a eu de la chance de pouvoir découvrir tout ça avec Ryan qui est un vrai passionné, parce qu’il semblerait que tous les guides ne soient pas si investis! Certains se contentent de vous trimballer d’un lieu à l’autre sans se donner la peine de donner plus d’explications que ça.

 

Anecdote 2: On a vécu un départ plutôt épique de Rantepao. On était tranquillement posés dans notre chambre, le ventre plein, la réservation faite pour le bus du soir direction Makassar. Tranquille le chat quoi. Le bus était prévu pour 20h30 devant notre homestay, il était 19h45 et on finissait tranquillement de faire notre sac. Tout à coup, la propriétaire de l’homestay, déboule  à fond la caisse dans les couloirs en criant:

« – Vite, vite, il y a le bus qui vous attend au bord de la route!!! 

– Quoi???!!! »

Nous pas encore prêts évidemment… On commence à stresser comme des malades, on fourre tout dans les sacs n’importe comment. La dame de l’homestay est dans tous ses états et court dans tous les sens, il y a même le gars du bus qui vient nous mettre un coup de pression. On part total à l’arrache de notre chambre, en espérant n’avoir rien oublié… Pour couronner le tout, on a encore 200m à faire sous une pluie torrentielle avec nos sacs de 2000 kg sur le dos, sans avoir eu le temps de mettre les housses de pluie évidemment. On vous laisse imaginer nos têtes quand, en montant dans le bus, on réalise qu’il est totalement vide…  Ca valait bien la peine de nous stresser pareillement!

C’est quoi la suite?

On quitte la Sulawesi pour nous rendre au Kalimantan, le côté indonésien de l’ile de Bornéo. On part à la rencontre de nos cousins les orangs-outans. On est tout fous, non seulement parce qu’on adore la jungle, mais aussi parce que des retrouvailles nous attendent là-bas ?

A bientôt pour de nouvelles aventures junglesques (quoi ça se dit pas?)

6 Comments

  1. Julie

    Bel article tout à fait à l’image de l’expérience que j’avais vécue en pays toraja. Je suis ravie que vous ayiez apprécié la compagnie de ryan 🙂 Bonne suite de voyage à Bornéo ! Bisous à tous les deux, prenez soin de vous!

    • Le monde autour

      Ouf, on raconte pas que des conneries alors ? Merci Julie, bonne suite à toi, bon retour en Indonésie! Gros becs

  2. Bonjour les Robinsons! Captivant, la suite de vos aventures ! Les Torajas, je ne connaissais pas du tout et c’est très intéressant de connaître une partie de leurs mœurs et presque en direct ?Vivement vos aventures avec les Orangs-outans. Soyez prudents, tous les Parietti vous embrassent, et merci de partager de si beaux moments??

    • Le monde autour

      Merci à vous de nous donner envie de continuer à les partager ? Gros bisous à vous tous, on espère que tout le monde va bien!

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